Chronique d’un retour en France – Les mauvais jours

Voilà un an que je suis rentrée en France afin d’y terminer mes études. Je vis maintenant entre Strasbourg et Paris.

Ce retour, je l’avais pressenti, n’a pas été facile. Un retour d’expatriation c’est la joie des retrouvailles, le retour à un certain confort, le plaisir de remanger ses mets français favoris mais aussi le dépaysement, l’envie de repartir, le manque des amis restés sur place, le choc culturel à l’envers ( 8 chocs culturels en arrivant à Séoul ) . Si ce n’est qu’en France, votre pays après tout, tout est moins compréhensible pour les autres, et cela entame quelque peu la confiance en soi. Voici la chronologie d’un retour en France en deux versions, l’une optimiste, et l’autre… un peu moins

>> Pour la version joyeuse c’est par ici <<

Disclamer : bien que tous les faits contés se soient produits, je les ai exagérés à des fins humoristiques. Les phrases en italiques ne sont pas forcément vraies (; je sais que dans l’absolu ça n’a pas trop de sens de comparer deux pays aussi différents, il ne s’agit pas de dire que l’un est mieux que l’autre, juste de parler du léger décalage que peut entraîner une rapatriation.



Strasbourg, un mauvais jour de nostalgie.

7h30: réveil. Il est bien loin le temps où les cours commençaient à 10h30. C’est maintenant à 8h tapante qu’il vous faut être en cours. Vague de flemme jusqu’au bout des pieds.

7H45 : en route pour l’école. Vous manquez de vous faire écraser par un homme à vélo qui à l’air de considérer que toute la ville lui appartient. En Corée, vous auriez pu pousser cet impudent dans la Han River (8 endroits où trouver la nature à Séoul), près de laquelle les deux roues se concentrent. Ici, vous vous excusez, soucieux.se de respecter la chaîne alimentaire du citoyen strasbourgeois et vous serrez les dents.

8h: Tout le monde est en classe. Votre tête bourdonne déjà, polluée par tous les mots français qui ne vous sont pas destinés mais que vous entendez et comprenez quand même. Dans un pays dont vous ne parlez pas la langue, au moins, quand votre voisin de métro se plaignait de ses ongles incarnés, vous ne le compreniez pas et pouviez utiliser votre esprit à des fins plus utiles.

8H10: Le cours commence.

9H30: Le prof ne s’arrête pas de parler. Quoi ? Le cours n’est pas fini ? Vos cours, jadis, ne duraient pas plus d’1h20 (Une journée d’étudiante à Korea University)

10H: Vous êtes toujours aussi attentive. Vous n’avez pas ouvert facebook sur votre ordinateur.

11H: Petite pause. Vous demandez à un élève où se trouvent le café et l’épicerie de la Business School. Oh… Il n’y en a pas. Rendez-vous à la machine à café, dans le froid, mais où vous aurez l’incroyable opportunité de pouvoir déguster l’inégalable potage aux légumes arôme café vanille du pote qui s’est servi avant vous.

11H15: Le cours va reprendre et la personne à la table devant vous s’exprime dans une langue que vous n’aviez jamais entendu à l’étranger et presque oublié: « Wesh, j’ai appelé la Meuf de la CAF ». Interessant.

12H: Le cours est fini. Vous vous rappelez que vous aussi devez appeler  » La meuf de la CAF ». Qui, pour vous, se trouve être un homme. L’échange est bref : alors que vous tentez de lui expliquer votre situation en détail, il vous répond d’un ton sec  » Si vous avez déja la réponse à votre question pourquoi vous m’appelez ?  » Sauf que vous n’avez pas la réponse. Et vous ne l’aurez jamais d’ailleurs. Abandonnez l’ idée.  (8 choses que j’adore en Corée: dont l’efficacité des démarches administratives)

12h30: Vous devez prendre un train pour rentrer sur Paris. Vous apprenez qu’une grève d’agriculteur bloque Strasbourg, retardant les trams. Vous courrez, slalomant entre les tracteurs, pour arriver à la gare, où, 10 min avant le départ, le numéro du quai n’est toujours pas affiché. Il s’affiche finalement et le contrôleur vous aiguille vers un train à l’autre bout de la rame. Le quai est bondé, il ne semble pas avoir assez de place pour tout le monde dans le train. Il y fait très chaud et les passagers s’impatientent dans l’incompréhension.
TADAH DADAH ! Annonce du chef de bord : la bonne blague ! on vous a fait courir vers le mauvais train, celui-ci doit partir au dépôt. Mais des excuses sont présentées pour la gêne occasionnée, du coup tout est pardonné. Tout le monde sort pour remonter dans le bon train qui partira avec 30 min de… quoi ???? un mot que vous aviez presque oublié ( à part quand c’est vous qui l’êtes), de R.E.T.A.R.D ! Vous vous consolez en vous disant que vous avez un abonnement mensuel TGV MAX qui vous permet de voyager pour pas cher, et que vous allez bientôt pouvoir manger le délicieux menu SNCF à 15 euros élaboré avec le dernier chef à la mode. C’était sans compter sur Georges-Edouard, responsable du wagon bar qui vous annonce à l’haut-parleur que celui de ce train n’a pas pu être approvisionné. Mais… il est désolé pour la gêne occasionné.

13h15: « Au moins, vous ne voyagez pas cher !  » vous ne cessez de vous répéter. A moitié perdue dans vos pensées, vous apercevez un contrôleur, fonction que vous n’aviez plus apperçue en deux ans. Il s’approche dangereusement de vous, le képi fier et le terminal de contrôle déguéné et vous demande de lui présenter votre billet. Vous obtempérez. En complément, il vous demande de lui présenter vos cartes d’identité et de donneur d’organe ( pour le bras qu’il va vous coûter). Car oui, vous vous rendez compte que dans votre précipitation vous avez oublié votre CNI dans la capitale alsacienne. Confiante, vous expliquez calmement que, vous êtes désolée pour la gêne occasionnée, que vous en avez des copies dans votre téléphone, et que vous payez un abonnement dont vous pouvez prouver le prélèvement sur votre compte. Dans le pire des cas, votre âge apparaît sur la carte jeune qui est répertoriée dans l’appareil du contrôleur. Que nenni ! Il vous faut racheter un billet car vous êtes HORS LA LOI ! Les fraudeurs TGV max, ont été déclarés ennemis numéro 1 de la SNCF ! Nul bénéfice du doute n’est permis, vous avez surement modifié votre copie de pièce d’identité avec photoshop, félon ! Ça fera 120 euros ! Vous expliquez qu’on vous a volé vos cartes bancaires récemment. Ah! vous voyez que vous avez un entourage suspect : Majoration de 50 euros pour les frais de dossiers !  Vous tentez de vous excuser  pour la gêne occasionnée une seconde fois, mais le contrôleur pense que vous foutez de lui et vous menace d’appeler la police si vous ne lui donnez pas vos coordonnées. Qu’il avait surement car, ne l’oublions pas, vous financez légèrement l’occasionnement de toute cette gêne avec un abonnement à 80 euros mensuel . 🙂 🙂 🙂 🙂 🙂


Reprenons nos esprits échauffés !

Ici, un petit reportage de France 5 : Un train pas comme les autres à Séoul. Un contrôleur vous explique sa façon inhabituelle (vue de France) de contrôler à 25:18. ❤


15H30: Arrivée à Paris. La ligne de métro devant vous emmener à domicile est bloquée car un colis suspect a été trouvé sur la voie. Vous appelez un Uber, non sans vous être faite affublée de quelques noms d’oiseaux uniquement reservés aux femmes en passant dans la rue. Le tarif du voyage est sucré. Fini les taxis à moins de 10 000 Wons.

16H45: Vous voulez faire vos courses. Pour pas trop cher. Mais Paris n’a que très peu de gros super marchés en son sein comme E-mart. Vous vous dirigez donc vers votre épicerie de quartier situé près des champs-elysées. Elle semble tout droit sortie d’Amélie Poulain, avec son joli présentoir colorés de tous ses fruits et légumes. Vous apercevez les étiquettes de prix et votre visage se colore d’une teinte qui n’est pas sans rappeler celle des tomates. Aie vos yeux se mettent même à pleurer!  Vous vous en voulez d’être si émotif.ve pour une histoire de choux… Ah non, c’est une fumée grise ayant gagné vos yeux, qui les irrite… Que cela peut-il bien être ?

17h00:… Vous vous retournez, Au loin, vous apercevez une scène de guerre, l’arc de triomphe en flamme. Tableau parisien : des hélicoptères estampillés BFM TV, qui surveillent la zone où de dangereux individus vêtus de jaune semblent attaquer sauvagement de vaillants crs . Vous décidez de rentrer chez vous, dans votre palace sous les combles où l’émeute tempêtera vainement à votre vitre.

20181201_154741
Tableau parisien

18H: Vous avez un rendez-vous téléphonique avec votre amie. Vous avez envie de lui dire à quel point Séoul vous manque, à quel point les rues de Paris vous semblent fades sans les pancartes lumineuses de nolebang, et les ajusshis sortant du bar le soir. Mais ce n’est pas la première fois que vous évoquez le sujet et vous voyez que votre entourage risque de se lasser d’entendre des choses qu’il ne comprend pas. Cela a commencé à votre retour par le scepticisme de votre famille concernant le fait que certains plats français et les longs repas vous rendaient malade, le fait que vous vous fatiguiez plus vite, sollicitée de tous les cotés. Vous aimeriez exprimer aussi à quel point, les blagues franchouillardes borderlines sur certaines nationalités dont vous avez rencontré des représentants ne sont plus drôles. Mais le but est de conserver le peu d’amis qu’il vous reste sur Paris et de vous en refaire aussi… De s’intégrer, donc vous vous taisez. et vous souriez.

22H30: Avant de vous endormir, parfois certaines sensations reviennent. Sans que vous ne sachiez si vous rêvez déjà ou si votre esprit ravive certains souvenirs. Le bruit de vos pas sur le carrelage du métro de Séoul, l’odeur des petits gâteaux fourrés à la crème pâtissière, le vent dans vos cheveux mouillés dans les rues de gangnam lorsque vous étiez en retard pour rejoindre un ami, l’eau chaude des bains du jjimjilbang qui vous brûle la peau mais vous endors peu à peu, une ajjuma qui vous donne un fruit dans le métro, les marchands du marché au poisson de nolyangjin qui crient pour que vous achetiez leur marchandise, la voix nasillarde des animateurs des manèges de Lotte World ce jour si doux de décembre, la rivière Han encore gelée,  l’odeur du parfum Gangnam de chez Zara, la fumée qui s’échappe des échoppes de streetfood et chatouille vos narines, votre voix hésitante la toute première fois que vous avez du vous présenter en Coréen devant quelqu’un, la voix de votre amie coréenne au nolebang … Toutes ces sensation qui vous rassurent car, même si pour l’instant la réadaptation est un peu dure, votre esprit et votre corps, eux se souviennent que vous avez pu vous prouver que vous étiez capable d’accomplir de minuscules choses extraordinaires dans une autre vie.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :