L’apprentie Française – L’expérience de JeeYoun en France

….Ou le parcours d’une étudiante coréenne en France. Lors de ma première année en Corée, je n’ai eu que très peu l’occasion de rencontrer des Coréens parlant Français ou même ayant étudié en France. Mon stage, lui, m’en a donné l’opportunité à plusieurs reprises. J’ai donc demandé à mon amie et collègue JeeYoun, dont l’université coréenne était Korea University, et qui a étudié en échange et travaillé en France quelques années si elle acceptait de livrer un témoignage miroir au mien. Découvrez son parcours scolaire, les bons moments et les difficultés, ce qui lui manquait de la Corée, ou encore le racisme, qu’elle a pu rencontrer en France. Egalement quelques conseils si tu es un élève coréen souhaitant y étudier! 

Son témoignage et son analyse, comme les miens, sont bien sûr subjectifs et ne visent pas à être généralisés.

Je dédie tous les passages parlant de Tours à mon ami KUBAien Romain qui, jamais, même sous l’effet des bouteilles de soju aux parfums les plus exotiques, n’a concédé me faire de critiques négatives de sa ville. ❤ Une telle dévotion est admirable.


Une chanson française que JeeYoun aime bien !


JeeYoun, peux-tu te présenter avec quelques points sur toi qui te paraissent important ?

Ahah… Je vais faire comme les Coréens : Je m’appelle JeeYoun, j’ai 24 ans. Je viens d’être diplômée en langue et en littérature françaises. J’ai vécu un an au Canada, deux ans en France et j’ai pour projet d’y travailler. Pour cela, je souhaite continuer mes études en France dans le domaine de la culture et des médias car j’aime apprendre les langues et les cultures étrangères et échanger avec des gens qui se sont confrontés à d’autres cultures en vivant à l’étranger.

Pourquoi à tu souhaité apprendre le Français ?

J’ai appris plusieurs langues et j’aime les langues étrangères en général. J’ai appris Le japonais et le chinois mais ce sont des langues qui restent similaires au coréen car utilisaient l’ancien chinois. J’avais le désir d’apprendre une langue avec de nouvelles racines et utilisée dans un pays européen. La langue française est connue pour être l’une des plus belles langues dans le monde et j’ai été séduite par sa prononciation. J’ai donc commencé à apprendre le français quand j’étais au Canada.

Que pensais-tu de la France avant d’y partir, quels clichés avais-tu sur elle ?

Paris en Asie a vraiment l’image de la ville de la mode et de l’art. Il y a vraiment le fantasme du parisien chic et distingué. Connaissant déjà des Français et connaissant un peu la langue, je m’étais un peu distancée de ces clichés mais la jolie carte postale de Paris me faisait quand même rêver. Mais j’avais également un peu peur des différences de mentalités entre l’Asie et l’Europe. Les européens ont la réputation d’être ouverts d’esprits et directs, alors qu’en Asie je pense qu’on est un peu plus réservés.

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Certains clichés se sont-ils confirmés ou pas ? Dans quelle mesure ?

Le coté historique et culturel de m’a pas déçue, il y a vraiment à Paris une jolie conservation du patrimoine culturel et architectural : les bâtiments Haussmann, tous les musées… J’aurais aimé que mon pays ait pu faire de même s’il n’avait pas été détruit par la colonisation et la guerre, par l’exode rural, couplé à une mauvaise gestion de l’urbanisme.
Après, il est difficile de qualifier tous les Français en quelques adjectifs, de généraliser. Il y a eu quelques chocs de mentalité par rapport à mes attentes, en positif et en négatif, mais il est normal quand on a fantasmé sur un pays de se heurter à la réalité.

Sur le point plus ouvert : par exemple on n’invite jamais quelqu’un chez nous sauf des amis proches en Corée. Mais en France, j’ai souvent été invitée chez quelqu’un pour dîner et même chez mes collègues.

Tu as étudié en Corée à KU, et dans deux universités françaises à Tours et à Lyon Catholique. Quels différences majeures as-tu pu identifier entre nos deux systèmes éducatifs ?

Les systèmes de notations sont différents. A KU nous sommes notés relativement à nos camarades, sur une courbe. Il y a donc un pourcentage d’élèves qui peuvent obtenir un A, un B… c’est très compétitif. Ça peut parfois mettre une mauvaise ambiance entre les élèves qui n’hésitent pas à se mentir entre eux…Une fois alors que j’avais été absente, un camarade m’a menti sur la date du prochain exam pour que je ne me prépare pas.
En Corée nous avions beaucoup de rapports à faire.

Ici : un article ou j’aborde la compétitivité du système scolaire coréen. 

En France j’étais en LEA, et tout était beaucoup plus créatif avec des essais, des articles, des rédactions. On nous poussait à réfléchir par nous même, à argumenter, à avoir un avis. Au lycée coréen, je n’ai pas le sentiment que l’on nous prépare à ça car on a surtout beaucoup de QCM.

CLAIRE : C’est vrai j’avais un peu eu le même sentiment lors de travaux de groupe à KU. C’était vraiment frustrant. Par contre en sciences exactes j’avais le sentiment d’être plus à la ramasse.

JeeYoon; c’est ca. Une autre chose que j’ai remarquée est qu’en Corée il est quasi obligatoire d’aller en faculté et d’obtenir un bachelor pour avoir un travail. Meme les gens désirant exercer un métier manuel ou technique vont gaspiller leur temps et leur argent à obtenir un diplôme théorique universitaire. Il y a certaines universités coréennes qui profitent de cette pression sociale pour s’enrichir avec des cursus non aboutis, sans professeurs, sur le dos des étudiants n’ayant pas pu avoir des universités mieux reconnues.

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Claire: Il n’y a pas de formation courte ou manuelle comme les BEP, ou les DUT ?

Il y a des Lycées professionnels et des gens qui peuvent trouver un travail après le lycée. Mais c’est mal vu par la société. A l’université, beaucoup de gens pensent déjà à travailler au lieu de profiter. Les SKYs garantissent un meilleur avenir, c’est également pour cela qu’elles attirent beaucoup d’étudiants. De nos jours, les profils un peu originaux et sortant du moule sont un peu plus acceptés, mais dans la génération de mes parents, ton université garantissait ton emploi dans les grandes entreprises comme Samsung.

Il est difficile de comparer la quantité de travail, car j’étais étudiante en échange, donc avais peu de crédits à valider. Je me suis aussi inscrite à des clubs universitaires comme le club ONU de débat.

Claire: ahah ca me rappelle une remarque du gérant de mon goshiwon quand je suis arrivée. Il m’a dit: les Français qui viennent ici sont vraiment bizarres, il créent même des clubs de débats.

Jee Yoon: rires. Ah oui, il y a une autre chose aussi : J’ai trouvé les élèves en France plus enclins à répondre aux questions des profs.

Claire : ahah, je vais nuancer. Je pense que cela dépend beaucoup de la mentalité des élèves. Car nous avions aussi ce problème en France. Sinon, y avait-il un système d’accueil des étudiants étrangers comme KUBA à KU dans tes universités ?

OUi j’avais un parrain du Budy program, mais à KU il y a KUBA qui fonctionne plus en dynamique de groupe. Pas à tours, ou mon parrain était dans le programme juste pour obtenir des crédits et n’était pas vraiment impliqué.
Le système ne m’a pas vraiment était utile, de mon coté j’ai du chercher des personnes pour faire un échange linguistique qui elles m’ont vraiment aidé dans mon intégration.

Sinon, comment as-tu été accueillie à Tours et Lyon de manière générale ?

Les gens de Tours, ville que j’aime beaucoup, étaient vraiment sympathiques et accueillants. La ville était petite et comptait peu d’étrangers, donc les gens étaient curieux de me parler. Je n’ai jamais ressenti de regards discriminants.
Lors de mon premier jour à Tours, j’étais complètement perdue et deux dames sont venues spontanément m’aider. Et cela était souvent comme ça. J’ai vraiment passé six mois très agréables dont je garde de très bons souvenirs.

J’ai ressenti Lyon, plus grande ville, beaucoup plus froide.

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As-tu été victime de formes de racisme en France ?

Hum… Tous les jours. A différents degrés. Ça va du  » Corée du Sud ou Corée du Nord  » ou « vous êtes grande pour une asiatique » un peu maladroit et qui peut faire rire, à  » Rentre dans ton pays sale chinoise  » vraiment méchant et gratuit à Paris de la part d’inconnus dans la rue.
Il y avait aussi des formes de racismes venant de clichés : des gens s’attendant à ce que je sois timide et réservée car asiatique.
J’ai aussi subi plusieurs formes harcèlement sexuel dans la rue, allant d’hommes qui me faisait des commentaires salaces en rapport avec mes origines, me suivaient… Une fois deux individus ont essayé de m’enlever dans une camionnette car ils « étaient intéressés par les femmes asiatiques ». J’ai été porter plainte.

Une autre fois à Lyon, j’étais au parc et des enfants Français jouaient à coté de moi :  » toi tu vas aller la toucher », « non toi, elle est sale!  » Ça m’a vraiment déprimée parfois mais j’ai toujours essayé de relativiser en me disant que tous les Français n’étaient pas tous comme ça.

Quel a été ton plus gros choc culturel ?

HUMM… Surement faire la bise dans la vie quotidienne, pourtant je suis très tactile, mais ça me mettait vraiment mal à l’aise.
J’ai eu des chocs positifs et négatifs.

Claire : Mes plus gros chocs culturels en Corée. 

Qu’est-ce qui te manquait ou pas de la Corée ?

J’appréciais de pouvoir être moi-même en France, car j’ai le sentiment que la diversité était plus acceptée. Il y a moins de pressions sociales sur la religion, ta formation, ton mariage, ton apparence, là ou un coréen pourrait te juger plus facilement et te le dire directement.
Ma famille mes amis me manquaient en France mais surtout la tradition du respect et de la sécurité: le fait de pouvoir laisser ses affaires sans avoir à craindre d’être volée. En France, il faut tout le temps être sur ses gardes.
La rapidité de l’administration coréenne me manquait aussi. Sur ce point, l’université m’a un peu aidé : recommandé des banques, renseigné sur le système de santé….

Claire : Voir ici ce que j’aime en Corée et ce que je saurai mieux apprécier en France après 2 années en Corée. 

Est-ce que tu souhaites retourner en France ?

Oui pour mes études, et aussi j’aimerais beaucoup éduquer mes enfants en France (JeeYoun a un copain français), car le système Coréen était vraiment stressant pour moi. Bref, j’aimerais m’installer en France.

Quelques conseils à des compatriotes qui souhaiteraient étudier ou travailler en France ? 

N’hésitez pas à approcher d’abord les Français. Les voisins, les camarades dans la même classe. Ne soyez pas timide et parlez en français. Ne restez pas en groupe et faites-vous des amis français.

Pour travailler en France, il faut minimum de niveau en français. N’hésitez pas à postuler en candidature spontanée (ça ne se fait pas en Corée). Bien sûr c’est difficile au début de comprendre le code du travail, le fonctionnement d’une entreprise mais rester curieuse et désireuse d’apprendre c’est le plus important

Un restaurant Coréen à recommander dans les villes ou tu as vécu ?
Oui bien sur ! Paris – Soon, Woojung, ShinJung
Lyon – Gangnam
Je n’en connais pas à Tours…

Retrouvez d’autres témoignages sur mon blog : d’étudiantes Française en Corée cette fois ci ! 
[Témoignage] – Ewha University- Houssaye étudie dans une université pour filles.

[Témoignage]-Yeungnam University-Léonie étudie en province coréenne.

Et le mien: Une journée d’étudiante à Korea University

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