Une journée d’étudiante à Korea University

Cela fait maintenant 14 mois que je vis en Corée. 14 mois car après avoir terminé mon année à KU, j’ai eu la chance et l’opportunité de revenir pour un stage. J’aime cette nouvelle expérience qui me permet de découvrir la Corée sous un nouveau jour mais souvent, ma vie d’exchange student me manque. Symptômes de nostalgie aiguës que tous mes amis de Ku, aujourd’hui aux quatre coins du monde, semblent avoir aussi contractés.
Parce que je ne veux pas oublier le quotidien de ce qui aura été une des plus belles, si ce n’est la plus belle année de ma vie, retour sur une journée normale en tant qu’exchange student à KU. Un article un peu long, et qui pourtant eu dense comparé à la réalité !

Pour découvrir les témoignages de Houssaye et Léonie étudiantes à Ewha et à Daegu c’est ici et ici.

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Les passages en Italique peuvent être (sont) mensongers.

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« I’m lying on the moon, My dear, I ll be there soon ». La voix de mon ami Théophile accompagnée de sa guitare s’échappe comme chaque matin à 9h50 tapante de mon téléphone pour me réveiller. Nous sommes au mois de Novembre, il commence à faire assez froid dehors, mais pas assez encore pour que le gérant de mon petit goshiwon daigne allumer le chauffage. Dieu que j’aimerais rester sous ma couette. Je calcule qu’il me faut 15 minutes de marche pour me rendre en cours, si je ne me maquille pas je peux rester au chaud dix minutes de plus. Je me rendors !

10 minutes plus tard, il n’est plus question de négociation: je tends la main vers le fauteuil situé à un mètre de mon lit pour saisir mes vêtements et m’habille rapidement. Je cherche mes clefs partout, comment peut on perdre ses affaires dans 9m² si bien rangés. Trouvées ! Je sors rapidement, récupère mes chaussures dans le casier correspondant au numéro de ma chambre. Le gérant me souhaite bonne journée depuis sa cabine et me rappelle que demain je dois lui payer mon loyer. Je me demande pourquoi il me le rappelle car je n’accuse jamais d’aucun retard…

Il est 10h10, les portes de l’ascenseur s’ouvrent sur une rue fraiche, ensolleillée et animée. Comme chaque matin, les étudiants sortant et allant en cours se croisent dans la grande rue d’Anam bordée d’arbres aux feuilles vertes. Au mois de mai de jolies fleurs roses auront remplacé les feuilles, mais ça je ne le sais pas encore. Les restaurants sont fermés, mais les boutiques de cosmétiques accueillent déjà leurs premiers clients, les vendeurs les saluant a pleine voix  » 어서 오세요 « . J’ai le temps de passer au 7-eleven, mon convenient store préféré, le vendeur du matin, un vieux monsieur, me reconnait et ne me donne pas de sac pour mettre ma bouteille d’ice Tea et mon sandwich car il sait que je les refuse toujours. Il regarde la marque que j’ai choisi qui d’habitude n’est pas dans ses rayons et me demande si je l’aime. Je réponds oui, il semble surpris et tente alors de m’expliquer quelque chose en Coréen que je ne comprends pas. Nous abandonnons tout espoir de nous comprendre mais dorénavant le sandwich que j’aime sera tous les matins dans son rayon.

Il est 10h17, je suis en retard pour mon cours d’international management. Je remonte la rue rapidement en slalomant entre les groupes d’étudiants qui pour des enfants de la société du Pali Pali marchent pourtant bien lentement en direction de leur cours. Je traverse la rue en évitant les motos et au coin de celle qui mène à l’entrée du campus, je croise le sdf qui bois toujours son café en face de la boutique de photocopie. Il est ici tous les matins, les cheveux et le bouc hirsute, la peau mate, toujours vêtu du même bagui gris, d’un pull troué et d’une écharpe à motifs. Quel age peut il avoir ? Combien d’années a t’il passé dans ce quartier ? Combien de générations d élèves a-t-il vu passer ici? Je sais qu’il sera là quand je reviendrai ce midi, et aussi ce soir devant l’entrée de mon goshiwon dans son sac de couchage.

J’accélère le pas pour rejoindre la business school qui se trouve à l’autre bout du campus. La montée qui me fatiguait tant à mon arrivée ne me ralentie guère plus. Devant le Woodang Hall, les élèves vêtues de leur blouson rouge crimson estampillé de leur major, discutent et fument autour des pancartes des associations. Sur le pavé, toujours cette tente verte plantée là pour dénoncer les conditions de travail acharnées de certains étudiants qui travaillent tellement qu’ils ne peuvent pas rentrer dormir chez eux. Il y a de ça quelques semaines des projections de films au clair de lune étaient organisées. Maintenant il fait trop froid et peu de personnes s’aventurent sur le campus la nuit. Je traverse le terrain de basket en évitant les balles perdues, puis la place principale de Ku où les arbres sont encore vêtus de leur belles robes automnales. J’accélère encore alors que j’aperçois cet élève qui est dans ma classe et est presque entré dans le bâtiment.

5 minutes plus tard, je suis assise à ma place dans le mini amphiteatre d’environ 40 personnes. Ma voisine est en retard, elle arrive pile quand le prof, sosis Allemand de Monsieur Burns à un niveau assez fascinant, débute le cours . Aujourd’hui il portera sur l’éthique en matière de business international. Le professeur fait sa présentation puis chaque élève est libre de réagir et de débattre. Il y a cet élève japonais qui aime intervenir quand personne n’en a le courage mais que personne ne comprend à cause de son accent, cet élève philippin qui se veut toujours l’avocat du diable et qui défend que donner du travail à un enfant est un moyen de le sortir de la pauvreté, cette fille française , ce suédois à l’accent anglais parfait… et puis tous les autres comme moi qui préfèrent être en retrait, peut être pour observer, ou peut être car ils sont sortis hier soir. 1h15 plus tard le cours se termine.

Ma voisine de table et moi rejoignons d’autres amis pour un déjeuner sur le main square de KU. Lundi soir dernier il faisait plus chaud, nous organisions le dernier pic-nique au grand air de la saison. Nous allons devoir dire à bientôt aux discussions animées et échauffées par le soju sous le ciel non étoilé, des douces nuits d’automne. Nous avons le temps de faire une sieste allongée dans l’herbe. Les annonces des haut parleur du campus me réveilleront et me rappelleront qu’il est l’heure de mon cours de Coréen.

Je m’y rends rapidement et reprends ma place habituelle entre une Américaine décomplexée et une Chinoise qui ne parle pas anglais. La prof, comme d’habitude ne parle qu’en coréen, et se refuse à utiliser l’anglais meme pour expliquer la grammaire ( qu’elle n’explique d’ailleurs que peu) aux parfaits débutants que nous sommes.
Annyeonghaseyo Sumi Shi ?
Annyeonghaseyo…
Cette méthode m’est très peu adaptée, j’ai une mémoire avant tout visuelle qui nécessite que je puisse écrire, et m’approprier les choses au calme chez moi. Après nous avoir lu le dialogue d’exemple, la prof fait le tour de la salle des yeux et interroge un élève au bout de la classe qui répond bien trop facilement pour un débutant. Je sais qu’il est en fait un élève régulier de Ku mais originaire de l’étranger, déja à l’aise en Coréen mais qui prend un niveau plus facile pour obtenir une bonne note. Ca m’agace car c’est injuste. C’est injuste car ça m’agace et que lui s’en fout bien et aura sa bonne note.

C’est la fin du cours, j’ai rendez vous dans le lounge du batiment Hyundai avec mon groupe de New Product marketing. 2 coréens, un allemand, un chinois, et moi. Je ne suis pas encore habituée aux étages coréens et me rend au rez de chaussée (1) alors que je souhaitais aller au premier étage (2). Un des élèves coréens s’inquiète de mon retard par kakao:  » Will you come ? « .  » Yes, i ve almost reached the place ». Et en effet, deux minutes plus tard, je m’assois dans le fauteuil de la mini salle de réunion que nous avons réservée. Toute jaune, aux murs brillants sur lesquels on peut écrire au marqueur effaçable. L’élève allemand, est en retard. Les trois autres parlent coréens ensemble. C’est mon premier travail de groupe dans un milieu multiculturel. Nous devons créer un nouveau produit ainsi qu’un business plan de A à Z. Studieuse, j’ai déjà préparé quelques idées. Timide, je les énonce d’une voix un peu faible, dans mon anglais alors encore très francisé. L’élève allemand arrive en retard, son visage me dit quelque chose, mais je n’arrive pas à me souvenir pourquoi. La vie d Exchange student est très riche en rencontres, difficile de se rappeler tout le monde! Quelques semaines plus tard je le reconnaîtrai sur les vidéos prises le jour des jeux Korea University-Yonsei. Nous travaillons efficacement et finissons ce que nous avions prévu de faire. Nous fixons un nouveau rendez vous et nous séparons sur le palier du bâtiment. Ce projet s’avérera être un des plus difficiles que j’ai mené en cours de mes études, mais avec l’équipe la plus soudée, tous a travailler en simultané sur un document google drive jusque à deux heures du matin, le jour de la date butoirs. Je découvrirai à quel point les modes de participation et de travail sont différentes selon les origines…

Nous sommes jeudi, le jour où Kuba se réunit pour manger et boire ensemble. Mais avant de rejoindre mon groupe, comme beaucoup d’élèves, je décide de me rendre dans un café pour m’avancer dans mes révisions de partiel. Je choisi le Pinguin Coffee, sympathique café décoré de pingouins et tenu par un couple de personnes âgées qui offrent un service soigné et chaleureux. J’y reste une heure, concentrée, sortie juste quelques minutes de mes exercices de finance lorsque j’entends le dernier album de Carla Bruni passer dans le café  » A little French song ». Bien qu’appréciant la musique de cette chanteuse, je le confesse ici, je décide qu’il est temps pour moi de retourner dans ma petite chambre et de me préparer pour ce soir.

Une jupe noire, des collants de la même couleur, le premier haut qui me passe sous la main et du maquillage cette fois. Je vérifie le groupe facebook du meilleur des groupes Kuba aka 7up. En fait c’était inutile car comme toujours le rendez vous est fixé anam exit 3. Je m’y rends rapidement, traversant cette fois la face nocturne d’Anam street aux restaurants fumants, aux néons aguicheurs et aux boutiques toujours aussi accueillantes, dans cette ville qui aime tant vous faire consommer. Alors, encore un peu stressée de devoir faire la conversation en anglais, j’aperçois des visages familiers: Salma; mon amie Allemande qui étudie le design et l’animation. Manon, mon amie française et Claire sa buddy coréenne, et bien d’autres encore. Ces personnes que je ne connaissais pas il y a deux mois et dont il me semble être devenue si proche. Tous loins de notre pays et de nos proches, nous nous sommes rapidement liés autour d’activités et de soirée mémorables. Je les vois rire, discuter, plaisanter, jeunes, bruyants, insouciants et complètement ignorant du fait qu’ils bloquent totalement le passage, heureux de se retrouver , aux cultures et aux origines si différentes mais pourtant partageant tellement de points communs dans leur aspirations, leurs rêves, leur doutes. Ces personnes, je ne les apprécie pas forcément toutes, c’est toujours une question d’affinité mais je me rendrai compte plus tard que chacune d entres elles m’a apporté beaucoup sans même le savoir, leur contact m’a fait confronter ma culture et mes certitudes aux leurs, et m’a fait me rendre compte de ce qui était important parmi elles et ce qui ne l’était pas. J’ai commencé à apprendre à distinguer la culture de la personnalité et je suis sure que je n’y arriverai jamais totalement. J’ai appris de leur histoire et de leur parcours. La plupart d’entre eux partiront dans un mois alors que je resterai un second semestre. Je doute de me souvenir toute ma vie du nom et du visage de toutes ces personnes. Mais je sais que toujours je me rappellerai du fort sentiment d’affection qui m’envahie alors que je me fonds dans le groupe: ils sont ma deuxième famille pour ce semestre.

Ce soir ce sera Korean Barbecue : nous suivons notre leader qui agite la pancarte de raliement 7up de notre groupe haut dans le ciel. A table, nous nous raconterons notre semaine, mangerons, certains amuseront la galerie en goûtant le piment et à toutes les tables sans exception les petites bouteilles vertes vides s’accumuleront, pomme, pamplemousse, raisin et fresh, déliant les langues anglophones et brumant les esprits.
Rassasiés nous nous rendront dans un premier bar pour nous adonner à l’activité préférée des étudiants coréens : les jeux d’alcools (ou de soda pour ceux qui ne veulent pas en boire comme moi). Il faut dire que chaque semaine j’en apprendrai un nouveau et à l’heure ou j’écris ces mots, j’en ai bien une vingtaine en tête.
Le leader nous emmène dans un autre bar qui sera aussi celui ou je dirai adieu à mes amis dans un mois et demi et ou je fêterai la nouvelle année autour de l’odieuse soupe de poisson dont raffolait l’un des buddys. Pour l’heure, nous ne sommes pas fatigués , le quatrième round se fera donc au Nolebang et le cinquième , au mac do autour d’un petit déjeuner.

Vers 6 heure je rentrerai dans ma petite chambre, parfaitement sobre, croisant quelques Coréens endormis sur le sol et tout aussi sobres. Je prendrai ma douche avec une pensée pour ma voisine qui dors encore à moins d’un mètre . Dans 8h, mon téléphone me réveillera de nouveau pour que je puisse, réviser, rejoindre mes amis et commencer le Week end par la découverte d’un nouvel endroit de Séoul qui nous réserve encore de nombreuses surprises.

***

La semaine prochaine, j’irai à Anam, ce petit village pour étudiants où le temps semble couler différemment pour abreuver notre insouciance, doucement, rythmé par les partiels, les festivals, les forums et les rencontres, pour voir si quelques unes de ces surprises s’y cachent encore.

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