8 chocs culturels …

… à mon arrivée à Séoul. En allant m’installer si loin je m’attendais bien sûr à être un peu désorientée. Voici une liste non exhaustive  des choses qui m’ont marquée ou surprise à mon arrivée en Corée; en particulier dans les rues et dans la vie du quotidien. Si certains aspects sont plutôt agréables ou se font vite oublier,   pour d’autres le sentiment de décalage reste  assez persistant mêmes après plusieurs mois à les vivres quotidiennement. Venez, je  vous embarque avec moi dans les rues de Séoul !


Un accompagnement musical ?


1) Le sens des  bonnes manières.

                      Le premier point et celui qui me marque encore le plus souvent au quotidien c’est la différence qu’il peut y avoir avec la France en terme de comportement et de bonnes manières. De ce qui est acceptable en société ou non. 
Première erreur à mon arrivée, j’ai franchi l’entrée de mon goshiwon sans me déchausser. Je revois encore la réaction choquée du propriétaire qui m’a alors montré avec de grands gestes les instructions collées au sol en matière de chaussures. En lettre capitales rouges : –please take off your shoes- Donc à retenir, en Corée, et au Japon aussi il me semble, on se déchausse à l’entrée de sa maison ou de celle de ses amis. Et pour cause: dans beaucoup de maison encore, le repas, voire le coucher  se font au sol. Il sagit de garder un sol propre !
A l’extérieur cette fois, plusieurs choses peuvent s’imposer à vous. Plus ou moins bruyamment. Attention certains passages peu distingués  peuvent choquer les âmes sensibles. Première situation, vous êtes assis dans le métro, c’est l’hiver, tous les coréens portent un masque, et la moitié des passagers a un rhume. Il faut savoir que se moucher en public en Corée n’est pas très bien vu, voir malpoli. Votre trajet Anam-Insadong se transforme en conséquence en un concerto de reniflements. En soit,ça équivaut bien aux bruits de mouchoir, mais quand toute votre vie on vous a répété que renifler était le comble de l’impolitesse, vous n’avez qu’une envie : lâcher un « Mais « punaise ( auto-censure)  » mouchez-vous ! ». Jauge d’intolérance à la différence culturelle => 1/4
Deuxième situation, vous sortez de votre wagon de métro et marchez tranquillement vers la sortie quand soudain un Ajhusshi ( Homme coréen d’un certain âge et au look très reconnaissable) vous dépasse et choisi le moment même où il est à votre hauteur pour lâcher un rot retentissant. 🙂 🙂 🙂 🙂  Jauge => 2/4.
Troisième situation, après avoir vaillamment enduré le concerto pour nez bouché, ignoré l’adjushi qui vous a gratifié de ses relents gastriques, vous grimpez deux à deux les marches du métro pour retourner à l’air libre. Vous vous arrêtez quelques minutes pour apprécier la vue des grattes-ciels dont même la nuit ne peut dissimuler ou amoindrir la hauteur, admirer les nombreuses  échoppes dont la lumineuse beauté colorée assombri les étoiles, et écouter la foule aux diverses origines qui s’agite de tous cotés. Après tout vous vous dites que vous avez de la chance d’être dans un environnement qui vous paraît si exotique, que cela vaut bien la peine d’endurer quelques détails peu ragoutants. Et, c’est en général dans ce moment tout plein de bons sentiments et de relativisme qu’un individu vous bouscule sans ménagement, et  lâche un gros crachat pile devant vos pieds en guise d’excuses.
HIIIIIIIIII=> explosion de la jauge imminente. Je sens le fou rire nerveux monter et n’étant heureusement pas d’un caractère violent et, forte de la conclusion tirée précédemment, j’inspire profondément, évite « l’excuse » de l’individu, reprend ma route pour me mêler à la foule où mon éclat de rire se fond dans l’animation.
A noter que plutôt contrairement à la France, la moyenne d’âge des « cracheurs » est  supérieure à 60ans. ( rectification apres plusieurs mois, c est un fléau masculinement rependu )

      Enfin, certaines habitudes un peu étonnantes découlent carrément de lois.  Ici les fumeurs se dissimulent dans les petites ruelles. Et pour cause, fumer dans certaines rues principales et très fréquentées est interdit par la loi !

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2) Les gens très tactiles.

Deuxième chose qui m’avait surprise, c’est le caractère assez tactile des Coréens et Coréennes. Cela va des amies qui vous prennent par la main pour vous saluer, aux garçons qui se tiennent par le bras dans la rue en toute amitié là ou un Français les croirait en couple. Il n’est également pas rare de voir des amies ou une mère et une fille se tenir par la main en marchant.

3) Les petits couples

Le petit couple = couple qui veut crier son amour à tout Séoul. Que dis-je… à toute la Corée !
 Signes distinctifs : les deux portent des vêtements assortis. Seul moyen  ou presque de les différencier sans apercevoir leur visage: le jeune homme porte à l’épaule le petit sac à main de Mademoiselle et cette dernière porte à l’annuaire droit la bague qu’il lui a offert pour leurs 100 jours ensemble. Le jour de Pepero day (fête où les couples s’échangent des pépéros = mikados en chocolat), mademoiselle se balade avec un Pépéro de la taille d’une baguette de pain.
Si les gestes d’affections trop démonstratifs comme s’embrasser en public sont plutôt encore mal perçus, cela n’empêche pas le petit couple de se livrer à quelques mignonneries : épouillage de monsieur, grimaces et minauderies  attendrissantes et bruyantes de mademoiselle (aegyo), re-laçage des lacets de la jeune femme par le jeune homme… Autant de situations qui me paraissent assez exagérées et infantilisantes à mon arrivée. Dans le couple, la femme paraît, dans certains couples, agir comme petite chose mignonne et fragile que le copain doit protéger et gâter en cédant à ses moindres désirs. La société coréenne est très patriarcale: traditionnellement la femme devait trouvé un mari puis rester à la maison pour s’occuper des enfants et du foyer pendant qu’il travaillait. Les femmes se sont, cependant, beaucoup émancipées ces 30 dernières années avec l aide d un certain nombre de mesures comme l’imposition de quotas dans les entreprises. Parallèlement à leur vie professionnelle, depuis les années 80,  elles sont d’avantage libre de s’habiller comme elles le souhaitent, de fumer si elles en ont envie ( impensable il y a quelques années, et toujours mal perçu par les générations plus âgées).                  Pourtant, il y encore des barrières pour les femmes de ma génération  :  le milieu du travail en entreprise leur est moins favorable qu’aux hommes notamment au niveau salarial, et il leur est toujours assez difficile de retravailler après une grossesse. Cette volonté plus que légitime d’émancipation contraste, je trouve, étrangement avec le rôle, l’attitude de petite chose fragile et dépendante que certaines jeunes femmes adoptent en présence d’hommes. Ça n’est bien entendu que mon avis et je ne sous entends nullement par là que les Coréennes manquent de caractère. La société parait seulement très genrée d’un oeil européen.

Voici un article intéressant à ce sujet: ici.

4) La jungle automobile

J’ai déjà parlé de ce point dans l’article qui parle de mon permis de conduire ( ici ). Bref, lors de mon premier trajet aéroport-goshiwon. J’ai eu très peur. Et c’est un euphémisme.Séoul étant peuplée de pas moins de 10 millions d’habitants les routes sont toujours pas mal encombrées,  même de nuit, ce qui n’arrange pas les choses.
Petites statistiques qui m’ont confirmé que j’avais raison d’avoir peur : en 2009 la Corée du Sud était le troisième pays de l’OCDE ( pays considérés comme développés) avec le plus de morts dus à des accidents de la route, soit 7000. Cependant, le taux de mortalité à diminué de 60% depuis 1995.

Au palmarès des chauffards:

  • Les taxis : Il y a beaucoup de taxis a Séoul, c’est très pratique.  Il faut cependant déjà  en trouver un qui accepte de vous prendre: certains n’hésitent pas à refuser des étrangers un peu perdus si la course est trop courte.  Ils conduisent  souvent très vite, de manière saccadée , font peu attention aux feux de signalisation et vous déposent un peu n’importe où ! Pensez à mettre votre ceinture ! Et évitez d’encourager les chauffeurs.  Je me rapelle cette amie un peu éméchée ayant dit au chauffeur de notre taxi  » I like how fast you drive ». Ce dernier s’est empressé de lui démontrer qu’il pouvait conduire encore bien plus vite. Mauvaise idée.
  • Les livreurs en motos: Ayant des délais de livraison très courts à respecter, ils n’hésitent pas à prendre des risques démesurés. A Anam, ils traversent le campus ( piéton) à toute vitesse, démarrent quand les feux des voitures sont rouges ( donc verts pour les piétons) et roulent sur les passages piétons, empruntent le trottoir… Watch out !
  • Les bus : Les bus ont généralement une voie qui leur est réservée, ce qui calme un peu leur conduite . Mais par contre, ça secoue dans tous les sens ! Le bus est souvent bondé donc tout le monde se rentre dedans ou se bouscule pour accéder à la sortie le summum du confort donc !.

5) La rapidité et l’efficacité dans les services.

                 J’en avais déjà parlé ici lorsque je retraçais ce que j’aimais bien en Corée: le pays a un sens du service, et de l’organisation assez marquants.
Que ce soit dans les démarches administratives ou dans le service à la clientèle, tout est très rapide et organisé.
Dans les restaurants ou cafés par exemple, vous commandez et on vous remets un boitier wifi qui sonnera quand votre commande sera prête. Sur les tables des boutons permettent d’appeler le serveur.
En matière de travaux aussi, tout est très rapide car les ouvriers travaillent la nuit. La ville change littéralement du jour au lendemain. Certaines boutiques dans ma rue changent sans même que j’ai eu le temps de me rendre compte qu’il y avait eu des travaux ou une fermeture.
          Les magasins sont ouverts très tard: minimum 22h, dans certains quartiers animés voire 24h/24 pour les convenient store. Dans mon quartier ces derniers emploient des étudiants à mi-temps qui font un roulement régulièrement, mais il ne fait aucun doute que ce niveau de services se paye au prix d’horaires beaucoup plus conséquents pour les employés.

6)  L’architecture

               Pour être tout à fait honnête le jour de mon arrivée à Séoul, un matin fort chaud, humide, gris et pollué, j’ai trouvé ce que j’ai vu de la ville assez laid. Gris, pas très harmonieux, un peu sale et fouillis . J’étais habituée à la beauté et à l’ancienneté de Strasbourg et Séoul majoritairement reconstruite après la Guerre de Corée (191 000 bâtiments, 55 000 maisons, et 1 000 usines étaient en ruines)  en était assez éloignée avec ses barres d’immeubles, ses enseignes dépassant de partout, son manque de verdure…
La première chose qui m’a faite un peu changer d’avis est l’atmosphère qu’offre la ville la nuit. Lorsque les gratte-ciels et les enseignes colorées s’allument la ville change et est très belle à sa façon.
Dans un second temps, il est difficile de rester insensible aux quartiers plus modernes tels Hongdae, à l’urbanisme plus recherché des musées, aux statues disséminées dans Seoul  ou même, pour ma part, aux gratte-ciels de Gangnam station auxquels je trouve un charme indéniable .

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Vue depuis la Namsan Tower
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Ruelle de Dongdaemun
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Temple d’Insadong
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Musée National de Corée
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Musée National de Corée
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Musée national de Corée
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Ruelle d’Itaewon
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Entrée d’un restaurant à Itaewon

7) La street food !

Je n’avais encore jamais connue une ville où l’on peut manger autant et n’importe où et en particulier dans la rue. Les rues très touristiques de Myeongdong par exemple sont pleines à craquer de vendeurs de jus de fruits, gâteau, beignets, fish cakes, brochettes en tous genres, tteokbokki… Même dans les rues plus anonymes il y toujours un ou une vendeuse ambulante à des prix plus qu’abordables.

8) La précarité apparente des personnes âgées

          Ces emplois comme on peut aisément le penser, sont assez précaires et souvent tenus par des personnes d’un certain âge. Ce qui m’amène à mon prochain point : la précarité apparente des personnes agées. A mon arrivée, le nombre de grand-mères et grand pères distribuant des prospectus, de la street food, ou faisant le ménage m’avait marquée. En effet, beaucoup de Coréens semblent continuer à travailler durant leur vieillesse, surement car ils ne perçoivent pas une retraite ou des aides suffisantes de la part de l’Etat coréen. Dans une société confucianiste, les enfants sont censés assurer la retraite de leur parents. Or, si les enfants eux même ont une situation précaire, ils ne peuvent pas remplir ce rôle.  C’est d’ailleurs un cercle vicieux. En effet, l’éducation des enfants et les études étant très chères il est difficile pour les Coréens les plus défavorisés de les financer à leurs enfants. Sans aller à l’université, ces derniers n’obtiendront pas un bon travail et ne pourront pas aider leurs parents sans utiliser l’argent réservé à l’éducation de leurs propre descendance.

        Au sein des pays de l’OCDE, la Corée du Sud affiche d’ailleurs un triste record : le taux de pauvreté des personnes âgées de 65 ans et plus (45,1 %) est le plus élevé de tous les Etats industrialisés.

      Ces vieilles personnes paraissent comme venues d’un autre temps dans les rues modernes de Séoul. Certaines vielles femmes, littéralement cassées, le dos plié, se déplaçant avec peine, me rappellent étrangement Les petites vieilles baudelairiennes perdues dans  le Paris d’Haussmann.

« L’une, par sa patrie au malheur exercée,
L’autre, que son époux surchargea de douleurs,
L’autre, par son enfant Madone transpercée,
Toutes auraient pu faire un fleuve avec leurs pleurs ! »

          Voilà, j’espère vous avoir fait ressentir l’impression de décalage et d’observateur que l’on peut avoir parfois lorsqu’on vit dans un pays à la culture éloignée de la sienne. J’ai constamment l’impression d’apprendre, de découvrir, de ressentir, et d’être surprise. C’est stimulant, très stimulant et immensément formateur. Je souhaite à tout le monde cette expérience, qui permet d’en apprendre beaucoup sur sa propre culture et sa construction en la confrontant à un autre univers.

8 commentaires sur “8 chocs culturels …

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  1. ah oui, surtout, par pitié, ne vous mouchez pas en public!!! Je me souviens d’un touriste qui nous q fait partager en plein restaurant son « désencombrement nasal »… j’ai cru que j’allais vomir!
    En France, c’est le fait de faire du bruit en mangeant qui répugne: pas ici! lol

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    1. Ahahah, les gens qui crachent me font le même effet ! Mais oui j’essaye d’éviter au maximum.

      Oui je confirme, du coup j’essaye toujours de manger mes ramyun/nouilles discretement ( ce qui est quasi impossible) alors que tout le monde s’en fiche ici ahah. Comme quoi beaucoup de choses sont dans la tête !

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